Cela commence bien, quoique…
L’atmosphère dans cette petite compagnie est vraiment étrange. Les programmeurs sont dans une pièce en contrebas, a la croisée de l’entrée ou se trouve Bandrine et du bureau du patron situé au centre de la maison.
Banai le boss me fait visiter les locaux. Une partie est louée aux organisateurs de French Tuesdays, cette réunion semi-amicale des Français désœuvrés de Miami. J’ai droit au thé, aux confidences et aux railleries. Car ce Banai est un véritable phénomène. Avec ces lunettes roses, et ces vêtements multicolore, sa démarche lourdaude et son air de d’hippopotame, il fait penser à un père noël sans son costume. Une sorte de Grinch marseillais. Car on est loin de la Floride dans cet environnement, pas un Anglais, on ne parle que le Français, mais avec l’accent de Marseille. Des marseillais qui veulent conquérir l’Amérique. Il ne manque plus que Louis de Funès pour peaufiner le tableau.
Car derrière ce personnage débonnaire spécialiste des blagues de mauvais goût parlant de cul comme on parle du temps qu’il fait, sans éducation et autre culture que celle de faire un ‘coup’ et gagner du ‘pognon’ se cache une personne vraiment malsaine et qui ne voit pas la limite entre ce qui est légal et ce qui ne l’est pas.
Comme un enfant de 50 ans, il est excessif en tout et mais surtout il est d’une mauvaise fois inimaginable. Sa spécialité c’est de toucher a tout, de tout casser et de prétexter que c’est de la faute des autres. Par exemple, son dada est de gérer ces quelques 5000 noms de domaines derrière son bureau.
Un jour, Nicolas qui en avait assez de les avoir sur le dos trouve ce moyen pour l’occuper : créer pleins de mot clefs pour exciter les moteurs de recherche et ainsi augmenter le nombre de visiteurs.
Pendant une semaine, Banai c’est totalement investi dans cette nouvelle tache. Trouver des mots clefs que seraient affichés sur les pages de ces noms de domaines vides de manière aléatoires! Tout y est passé, les dictionnaires, les traducteurs, les listes. A l’aide de copier/collé il a ainsi rentré une foison de mot clefs dans toutes les langues.
Lorsque je suis arrivé, le serveur Web qui hébergeait le système d’administration de Banai, plantait tout le temps. Spécialement lorsqu’il travaillait dessus… J’ai jeté un coup d’œil à la base de données, et je vois un fichier de 50 Millions de caractères. Après enquête, il s’avère que Banai avait tout simplement rentré plus d’un Millions de mot clefs!
Toute personne doté d’un cerveau normalement constitué, aurait comprit que sur un million de possibilité, étant donné que la génération des mots clefs se faisant tous les jours, la plupart des mots clefs n’auraient pas l’occasion d’être vu par les moteurs de recherche avant plusieurs siècles! Mais non, pour Banai, les limites sont le signe de l’incompétence des gens. Car si il veut quelque chose il lui faut de suite car ” c’est moi qui te paie”.
Bref, la situation a rapidement dégénérée, Nicolas en avait raz la casquette depuis longtemps et attendait mon arrivée pour partir.
J’ai rapidement sympathisé avec lui. Avec son accent Marseillais et son allure d’Aldo italien, il cache une personnalité pleine de principes et une grande intelligence. Il a fait de la natation et il a un peut abusé des cookies, ce qui lui fait une carrure de Gladiateur! Passionné de fringues, il achetait plutôt que de laver, et je ne crois pas l’avoir vu habillé deux fois de la même manière Ces capacités en programmation étaient étonnantes et tout le fonctionnement de ToxTelecom reposait sur ces épaules.
Rapidement je me suis retrouvé en porta faux entre Banai et Nicolas. En effet, mon rôle était de ’secouer’ Nicolas car d’après Banai un chef doit forcément engueuler ces subalternes. C’était difficile pour moi d’appliquer ces méthodes de management datant d’un autre âge. D’autant plus que je me trouvais plus d’accointances avec le jeune programmeur qu’avec le routier du business.
Nicolas a commencé à se confier à moi. Coincé dans des principes ou se mêlaient la parole donnée, le respect et l’envie de partir en claquant la porte il était au seuil de la dépression. Seul dans son coin avec deux personnes sur son dos à lui dicter ce qu’il doit faire et à l’engueuler, il avait accumulé une rancune tenace et attendait son heure pour se venger.
Cela allait arriver plus vite que prévu!