Tout d’abord, le premier jour, Banai m’a prit a part pour me parler. Il m’a emmené dehors, ou nous avons fait les cent pas sous le soleil.
« Nikko il faut que tu méfie de Nicolas. Il lit nos emails, j’en suis sûr. Faut faire gaffe a ce que tu lui dis, il pique les idées pour les faire de son coté… ». Pendant une demi heure il a taillé un costume de première classe a la personne qui se trouve en face de moi et avec qui je devais travailler.
La suite c’est mal passée. Etant embauché pour stabiliser la plateforme et donc les serveurs, j’avais me semble-t-il comme travail de transférer les quelques 5000 noms de domaines vers un autre hébergeur. Mon choix était déjà arrêté sur ‘theplanet’ car j’y avais des serveurs depuis longtemps et c’était le seul hébergeur avec lequel j’ais jamais eu de problèmes.
Je fais donc une proposition financière à Banai :
« Voila je te propose d’héberger tes 3 serveurs chez Theplanet pour environ 300 USD par mois ce qui fait la moitié de ce que tu paye chez Billing. Sachant que ce que tu as ne fonctionne pas bien, je pense que c’est assez intéressant. »
Banai me regarde du regard vide que vous jette le poisson mort sur le bord de la jeté.
« Hum… je pense que tu peux avoir moins cher. »
Cette remarque me laisse de glace. Comment ça moins cher ? Je lui propose d’être hébergé chez l’un des plus gros centre au monde, pour deux fois moins cher que chez son épicier d’hébergeur de Miami, et il pense que je peux faire mieux ?
« Je paie pas plus de 250 USD »
Je reste sans bouger. Banai me décroche un nouveau regard, celui-ci plus méchant.
« Nikko il faut que je t’explique. Il y a les Français cons qui achètent chez Carrefour a des prix délirants et les gars comme moi qui vais acheter chez Leader Price parce je n’aime pas me faire enculer comme un pédé. Ici on est à Miami, va falloir t’habituer »
Et il ajoute sur le même ton menaçant, désignant mon sac que j’attache en brandouillerai :
« Et puis la banane c’est ringard, on ne met pas çà ici »
Il sort un petit portefeuille du genre que mon grand père avait dans les années 30. Ici on met ça. Et il le remet dans sa poche arrière, endroit idéal pour se le faire voler.
La conversation est apparemment finie. Je tourne les tallons.
Ce type avec des lunettes rouges qui s’habille en rose et vert veut me donner des leçons de mode ? Bizarrement je n’ai vu personne comme lui a Miami, les gens s’y habillent normalement, comme dans une station balnéaire, pas de bouffons rose à l’horizon.
Bref, pendant que Banai se lance dans une réflexion prolongée sur une image porno qu’il essaie de placer au milieu d’une page internet, je m’assois sur mon siège en me demandant comment réagir.
Je vais donc faire le marchant de tapis avec un commercial pour un serveur minable d’a peine 300 USD, auprès d’une compagnie qui a plus de 40 000 clients plus gros que nous. Je rentre en ‘chat’ avec un commercial. Evidement le commercial me dit que si je veux moins cher je vais ailleurs.
Je fais mon rapport à Banai. A ce moment, arrive Bandrine sa femme, qui en rajoute une couche.
« Et si on passait par Robserver, tu sais j’ai travaillé avec lui en Israël, il est au Texas maintenant »
Ah… les copains, me voila parti pour négocier avec Rob l’ancien copain de Bandrine. Je tente de le joindre, son site n’offrant pas de support ou de téléphone, je dois passer par email. En attendant, je fais mon enquête et je trouve plusieurs sites internet ou on parle de Rob. Notamment un site ou un avocat cherche à trouver l’adresse de Rob pour lui envoyer une injonction pour payer l’électricité !
Un peu inquiet sur la tournure que prennent les évènements je vais faire à nouveau mon rapport à Banai qui rentre alors dans une rage frôle.
« Alors quoi, tu a ton idée et tu es obstiné, ce n’est pas étonnant a 40 ans on est assit sur ces acquis, les jeunes eux sont plus ouvert aux nouvelles idées ! »
Et il ajoute.
« Au fait je me demande si c’est nécessaire de bouger tous ces serveurs. »
Je reste cloué au sol. Pendant un mois, le temps que mon passeport soit fabriqué, j’ai eut tous les jours droit aux lamentations sur le fait que les serveurs ne marchent pas, que les emails sont plantés. Et tout a coups, il faudrait rien faire.
Arrive l’email de réponse de Rob. Bien entendu, il propose 250 USD ce qui lui permettra peut être de payer sa facture d’électricité. Remarquez, c’est utile car pour faire fonctionner des servers internet il est préférable d’avoir le courant ! Me voila parti pour une galère et bien entendu quand cela ne marchera pas ce sera ma faute.
Je cherche à trouver une solution. Banai arrive dans le bureau.
« Au fait il faut enlever les disclaimers de tous les sites de culs, j’ai ai assez que les moteurs de recherches ne puisse pas rentrer et indexer les images ! »
Et il s’en va.
Je regarde Nicolas qui regarde le mur.
« Je vais me barrer d’ici moi je te le dit ! » dit il avec son accent de Marseille. Cette remarque il la fera 10 fois par jours avant l’explosion finale.
Une petite explication sur les Disclaimers; ce sont des avertissements qui s’affichent avant que l’on entre sur un site porno, de manière a ce que les enfants ne puissent pas entrer. Tous les sites pornos doivent en avoir, c’est la loi.
La journée se termine sur ce statu quo. On a perdu une journée en négociations inutiles.
Pendant la nuit, je réfléchis. Enlever les disclaimers, c’est offrir plus de 3000 noms de domaines porno a la vue de millions d’enfants ! De plus comme certains noms de domaines contiennent des noms connus d’acteurs ou de films, des gens qui feraient des recherches sur un dessin animé et se retrouveraient devant une page avec des sexes des fellations, des pénétrations annales !
Me voila devant un cas de conscience. Je ne peux pas faire cela. Jamais je ne tolèrerais que mes enfants puissent arriver sur un site comme cela, cela peut être très traumatisant ! De plus je me renseigne et la loi aux USA est très sévère. C’est de la prison ferme pour qui laisse a la porté des enfants ce genre d’images, et son nom et sa photo sur Internet comme “sex offender”!
Je décide de ne pas faire cela et de le dire fermement le lendemain à Banai.
Le lendemain, en arrivant je rentre dans son bureau en ayant bien préparé mon petit discours. Il me coupe la parole et me dit.
« Je sais ce que tu vas me dire. Je sais que tu a ton idée sur les serveurs, et je sais que tu ne changeras pas d’idée. Donc on va gagner du temps. Fais ce que tu veux. »
Il se détourne de moi, comme ci j’étais un domestique, et tire une lampée de son thé à la menthe matinal.
Je reste. Il me regarde avec l’air dédaigneux.
« Quoi encore ? »
Je lui dit pour les disclaimer. Il me répond l’air complètement écoeuré.
« Qu’est ce que tu veux que je te dises ? » . J’insiste pas et je retourne m’assoir.
Ce qui est extraordinaire avec ce personnage, c’est qu’il ne fait strictement rien dans la journée, mais il se donne l’air d’être en permanence débordé. Il tourne en rond dans son bureau, passe la porte, surveille par la fenêtre. Rentre et sort des toilettes. Fait un thé. Lave la vaisselle. Mais surtout il passe son temps à parler avec Bandrine qui se trouve dans l’entrée. Ils utilisent Skype et s’envoient des messages.
Dans le silence absolu qui règne dans ces bureaux j’ai eut le malheur d’ouvrir un stylo un peu trop souvent. C’est un tic nerveux. Banai a jaillit de son bureau et m’a enlevé le stylo des main et il est repartit comme un cheval en rut dans son fauteuil !
Nicolas me regarde « Je vais me tirer d’ici moi je te le dit ! ».
Bref dans ce silence funèbre, on entend le cliquetis des claviers. Banai envoie un message a Bandrine : clicliclicliclicliclic. Bandrine lui répond : cliclicliclicliclic. Et cela continue de plus en plus belle, comme le boléro de Ravel vers l’apothéose finale ou ils tapent tous les deux en même temps dans un concert de claviers d’ordinateurs.
Un jour amusé par ce procédé, et sachant que leurs échanges étaient certainement pour se moquer de nous, je décidais de taper sur mon clavier moi aussi. Banai tapais un message, je tapais plus fort. Il tapait un autre message plus fort, je répondais plus fort dans un concert de cliquetis de clavier. Nicolas amusé, se décida à rentrer dans le jeu. C’est quatre claviers qui se livraient à un concert de cliclclic. Finalement silence. Banai arrête de taper, on se regarde avec Nicolas. Il tape un dernier message sur son clavier
« Putain Nikko, je vais me barrer d’ici je te le dit »