Me voila dans mon appartement à 1500 USD par mois et sans travail. J’écris une jolie lettre justifiant mon départ pour sceller les choses. Je leur conseille de prendre soin de Nicolas car moi parti, ils risquent de se retrouver seuls et sans programmeur.
Je décide d’aller à la plage. Etrangement, depuis que j’étais arrivé un mois et demi plus tôt, je n’étais pratiquement pas allé à la plage, les horaires chez Toxtelecom étant de 10 heures de travail par jour, je rentrais souvent la nuit tombée.
Je passe tout d’abord devant la piscine. Quelques personnes sont affalées et des enfants batifolent. Dans le spa on parle Espagnol et les gens rigolent. Ils sont en vacance.
Je m’installe devant cet immense océan bleu turquoise. Les mouettes sont curieuses et viennent se poser prêt de moi. Certaines courent le long de la plage pour croquer quelques invisibles aliments que la mer dépose sur le sable avant de se retirer. Je profite de cet instant pour faire le point.
Je suis libre. Mais sans travail. Je dois payer un loyer faramineux et je n’ai absolument pas les moyens de rester sans gagner de l’argent. Le bon coté c’est que je vais pouvoir m’occuper de mes sites internet et de vendre des truc s achetés ici sur eBay en France par exemple.
Mais il me faut environ 3000 USD par mois pour m’en sortir, et je suis parti de mon travail en fin de semaine, je ne serais donc pas payé de la semaine en cours…
Je décide de prendre les choses du bon coté de faire confiance à ma bonne étoile, il me reste dans les 3000 USD sur mon compte. Il va falloir que je diminue mes frais, et notamment que je rende ma voiture louée. Cette voiture me coute environ 900 USD par mois, et en étant dans mon appartement, je peux facilement me déplacer en vélo en attendant des jours meilleurs. Je décide d’aller acheter un vélo et de rendre la voiture le lendemain.
Pour trouver n’importe quoi en Floride il y a Target. Cette chaine de magasins au logo rouge en forme de cible – quelle imagination – quadrille le territoire de manière a ce que l’on soit toujours a moins de 20km de l’un deux… on y trouve tout, nourriture, pour la maison, électronique et c’est pas cher.
Dans les immenses rayons je trouve quelques cadeaux à envoyer aux enfants, des cartes Pokeymon, et un chat en peluche pour EVA qui adoooore les chats. Et puis je tombe sur le super vélo à 100 USD. Style super vélo de cross… la bonne affaire en promo.
Une chose est sure, les voitures américaine sont soit des trucks immenses soit des grosses voitures de ville bien lourde. Sauf que les grosses voiture sont mal foutue et pour rentrer un vélo a l’intérieur il faut s’y prendre a 10 fois et le tordre dans tous les sens.
Me voila équipé avec le moyen de transport le moins cher de la planète.
Le soir Nicolas m’appelle.
« J’ai démissioné »
Je prends une claque! Je pensais que moi partis, ils allaient le bichonner et qu’il reprendrait sa place de souffre douleur, avec une augmentation a la clef ! Mais non. Que c’est-il passé ? On décide de se faire une réunion à Dolphin Mall autour de quelques Fagitas.
« Evidement dès que tu es partis, bizarement ils sont devenus super gentils ! Oublié le Nicolas qui leur a soit-disant subtilisé des secrets maison ! »
« Ils sont complètement parano, j’ai jamais rien piqué chez eux, qu’est ce que tu veux que je fasse avec des idées qui rapportent rien ? Je suis pas venu aux USA pour faire du spam et du cul ! »
Nicolas n’est pas tendre.
« Le pire c’est qu’ils ont craché sur moi et on me l’a dit de partout. Ces gens n’ont pas de figure ».
J’adore les expressions de Marseille. Je suis venu a Miami pour découvrir le langage chatouaillant et imagé de cette ville.
Nous voilà donc tous les deux au chômage. La différence c’est que Nicolas a un Visa et qu’il va travailler avec son frère. « Il a un site Web et il payait un type pour s’en occuper, autant que cela reste en famille et que je m’en occupe, je serais plus libre et je pourrais essayer de lancer des nouveaux business »
En parlant de nouveaux business, on rends visite chez ROSS, le grand soldeur de fringues aux USA pour essayer de trouver des choses a vendre sur eBay en France. Au rayon T-Shirt on remarque que certaines marques comme Ralph Loren sont 5 fois moins chères qu’en France. On va peut être devenir milliardaire en vendant des fringues acheté aux US ? Je prends des photos et on décide de tester le marché en mettant quelques annonces.
La soirée est vite passée et demain, je dois rendre la voiture. « Tu veux que je t’emmène ? » me propose Nicolas. Bonne idée.
Le lendemain, j’attends en bas de l’immense building. Devant l’entrée ou les clients laissent leurs voitures aux chauffeurs que l’on appelle des Valets, ils vous prennent les clefs et la gare pour vous. Habillés en uniforme blanc, avec des épaulettes du style capitaine de bateaux, ils se comportent comme des gens importants car ils représentent le luxe, mais en fait ils ne font que ranger des voitures…pas très intéressant en soit.
Nicolas arrive dans sa veille Chevrollet Cavallier la peinture verte ayant brûlée au soleil. Cette petite voiture ressemble à une savonette sur 4 minuscules roues, comparée aux 4×4 monstrueux. Le nouveau Nicolas est arrivé. Lui qui changeait de chemise chaque jour de l’année, est habillé avec un vieux t-shirt, mal rasé, en tongues et arborant un chapeau cubain. Cet accoutrement lui donne un air d’Al-Capone méridionnal plutôt louche. Les valets parking qui d’habitude se jettent sur les voitures nous regardent d’un air méfiant.
Nous voila parti pour Avantura au Nord de Miami Beach, le plus proche Thrifty ou je peux déposer ma voiture. L’office se trouve sur la 1, cette route qui longe la côte sur toute la Floride. C’est un petit batîment avec une dizaine de voitures, une station de lavage avec trois Haïtiens a la mine fatiguée.
Je rentre et une des rares Américaines que j’ai pu rencontrer a Miami se trouve derrière un ordinateur. C’est la Manager. A Miami vous ne trouverez pas d’Américain blancs faire des taches subalternes.
Elle regarde mes papiers. Et m’annonce : « cela vous fera 1600 USD » J’hallucine ! Je demande une explication, et elle me dit. « Effectivement vous avez pour 400 USD de taxes d’aéroport, plus toutes les assurances ! »
Quoi ? J’explique que j’avais spécifiquement demandé au taxi de m’emmener directement chez un loueur hors de l’Aéroport.
« Mais tous les taxi de l’Aéroport ont une zone limite hors de laquelle ils ne peuvent pas sortir, a part les taxis jaunes, mais eux ne vous conduiront pas a une loueur , ils ont pas le droit ! »
Et les assurances alors ? J’avais demandé de ne payer que le minimum car ma carte bancaire prend en charge les dommages corporels notamment.
« Non, vous avez tout pris. Si vous aviez loué ici vous auriez eu pour 890 USD pas plus »
Donc rien à faire. Je dois débourser 1600 USD et maintenant que j’ai acheté le vélo et quelques cadeaux pour les enfants, il ne me reste pas assez pour payer mon prochain loyer…
Je rejoins Nicolas dans sa voiture qui, si elle n’a pas un look ravageur à au moins le mérite d’exister. La suite me rappellera que les USA sont le pays de la voiture et que sans elle, on ne peut rien faire…
Difficile de s’assoir dans cette Chevrolet. On croirait qu’une poubelle à été déversée sur les sièges. « Pousse pour te faire une place, met les parterre ». J’arrive à m’assoir. Vitres ouvertes, sans la clim, musique a donf, nous voila partis a la mode de Miami pour rejoindre les plages.
Quand j’arrive à mon appartement, une lettre m’attend. Une mise en demeure de payer 3000 USD à Toxtelecom pour rembourser l’avocate de mon visa avorté. Je décide d’aller à la plage. On verra ça plus tard, ça va pour aujourd’hui !
