25th avr, 2007

Chap 11 : Le Scooter, 1er partie

img_7616_resize.JPGVoila un mois que j’ai quité mon boulo, et je vivote au bord de la plage sur Miami Beach. Je vends des T-shirt Ralph Lauren achetés chez ROSS & Marshall aux Français en utilisant le site d’enchères eBay.
Autant le dire tout de suite cela ne marche pas du tout. Pire, alors que j’avais aucun problème pour acheter aux USA et revendre en France, je n’ai que des problèmes avec mes acheteurs Français maintenant que suis aux USA. J’eu doit a tout, ceux qui reçoivent et prétendent ne jamais avoir reçu et demandent le remboursement, ceux qui déposent des plainte Paypal sans raisons, juste parce que la taille était trop grande pour eux.

C’est épuisant. J’ai essayé de trouver du travail et un sponsor pour mon VISA en utilisant la méthode normale, et déposant mon CV sur Monster.com entre autre. J’ai eu beaucoup d’appels de recruteurs et cela se passe toujours de la même manière :

« Allo, je vous propose un job à 60k par ans, dans une super entreprise avec un plan de santé top ! Vous avez un permit de travail ? »
« Heu… non »
« Ah, bon je vous rappellerais. »

Ou alors pire,
« Bonjours vous êtes Nikko ? »
« Oui »
« J’ai vu votre CV, il est parfait pour vbienfnje ekjkke qn dkerj en ,ner »
« Ah, désolé pouvez vous répéter ? »
« Je vous demande si the sq d njkjtr klzerj erlj lmzmejr jkej re. Qu’en pensez-vous ? »
« Heu… »

He oui, on ne réalise pas a quel point l’expression ‘parler couramment l’Anglais est mal employée. Au téléphone avec un recruteur a l’accent Mexicain qui parle à la vitesse d’un Speedy Gonzales, vous vous retrouvez tout petit.

J’ai ensuite tenté de trouver du travail avec Rentacoder.com, un site internet qui met en relation des programmeurs et des entreprises. Je me retrouve donc en concurrence avec les Indiens et les Pakistanais. Pour 200 USD certains veulent avoir un programmeur à temps plein !

En attendant, ce Scooter me fait cruellement défaut. Car en vélo, c’est impossible de sortir de Miami Beach, et donc d’aller à un entretient d’embauche ! Imaginez aller a un entretient par 30° en vélo.
« Bonjour, mais pourquoi êtes vous mouillé, il pleut dehors ? »
« Non j’ai juste fait 30 Miles en vélo, je suis parti ce matin à 6h. »
Ca ne fait pas très sérieux tout ça.

Bref, je suis énervé car après un mois le scooter n’est toujours pas la. Je décide d’aller en vélo à ma banque pour demander le remboursement. J’imprime les papiers démontrant que le scooter a été payé mais que personne ne réponds.
En France, il est assez simple de se faire rembourser. Aux USA, lorsque vous payez, vous pouvez courir pour récupérer votre argent. Chez HSBC, la conseillère est une bombe atomique. Une latino comme on en voit dans les journaux, roulant en Mercedes tout de même.
Elle m’explique très clairement.
« Vous n’arriverez pas à vous faire rembourser. Moi par exemple, j’ai acheté des fleurs par internet pour un mariage et elles sont arrivées 3 jours trop tard. J’ai tout essayé. Si je n’y suis pas arrivé vous n’y arriverez pas non plus. »
Je lui explique que VISA et MASTERCARD offrent un système de charge back, et qu’il suffit de remplir un formulaire pour être remboursé. Elle appelle a plusieurs reprise un centre d’information et de renseignement qui finalement me donne raison.

Quelques jours plus tard je reçois un papier ou je dois expliquer le problème, le signer et le faxer.
Encore deux jours plus tard une personne m’appelle et me pose tout un tas de questions. Elle décide d’appeler le vendeur.
Le vendeur m’appelle et me dit qu’il vient d’envoyer le Scooter ! Donc pour ne pas me rembourser, la banque a appelé le vendeur et l’a menacé pour m’obtenir gain de cause.

Bref après encore 15 jours d’attente, mon téléphone sonne. C’est la réception.
« Vous avez un gros colis en bas ».

img_8137_resize.JPGJe descends. Une semi-remorque m’attend. Le chauffeur descend à l’aide d’une grue un énorme scooter rouge, bardé de ferraille pour le transport. Je signe un papier et me voila avec un scooter en kit, cerclé de métal sur le trottoir !

Le Scooter fait … 300 Kilos ! Les gens me regardent étrangement dans la rue. A travers l’entrée du garage, l’équipe de maintenance de l’hôtel observe.
Un type au teint basané et sec comme une branche de chaîine centenaire se présente avec deux tournevis et une pince. Je veux le remercier mais il ne parle que l’espagnol.
On entreprend tous les deux de deviser les énormes boulons qui relient les barres de fer entre elles de manière à délivrer la machine.
Après un quart d’heure de bataille on a finalement arraché le plastique, le carton et la ferraille. Le scooter est magnifique. Je le pousse jusque dans le garage car je dois installer la batterie, et les rétroviseurs.

Enfin, il est prêt. Autour de mois, environ 10 personnes, tous des ouvriers et des femmes de ménages attendent que je démarre l’engin !
Mais il reste un problème. Il n’a pas d’essence. Roberto appelle Ramirez qui va chercher dans sa voiture un jerrican d’essence.

Le vieil homme, qui semble être le chef d’équipe m’explique quelque chose par geste que je ne comprends pas.
On essaye de démarrer a plusieurs reprises. Mais rien n’y fait. Ramirez arrive à la rescousse et essaye a nouveau, prenant de multiples précautions. Finalement, le moteur démarre dans une grosse pétarade digne d’un 14 Juillet. La foule applaudit !
Je me retrouve comme un coureur automobile, le vieil homme me fait signe de prendre place. Je m’exécute. Une fille s’occupant de l’intendance me lance « vous me ferez faire un tour ? » Tout le monde rigole.
Je pars faire mon premier tour de scooter.

Il marche parfaitement. Et avec 150cc dans le ventre je vais à 100km heure en moins de 10 secondes.

Je remonte Collins avenue vers Bal Harbour et c’est une très mauvaise idée.

Les flics de Bal Harbour sont les pires des USA. Cet endroit est peuplé de millionnaires et il ne s’y passe strictement rien. Mais comme les taxes sont élevées, il y a pleins de policiers qui s’ennuient. Donc si vous passez la bas sachez qu’ils quadrillent le secteur et vous arrêteront pour n’importe quoi !

Je profitais donc du vent et de la liberté de me déplacer, lorsque j’entends une sirène de police toute proche. Je regarde derrière moi et vois une voiture de police clignotant comme un sapin de noël qui me colle au train.

Je décide de me garer sur le coté. Quelques goutes de pluie commencent à tomber.
Deux policiers sortent de la voiture la main sur le révolver. Ils me hurlent dessus : « main sur la tête, ne vous retournez pas ».
Tous deux sont blancs comme des roux et l’un est jeune et boutonneux, l’air nerveux, l’autre plus cool est aussi jeune, mais il a apparemment abusé des cookies, car il est rond comme une boule.
Ils s’approchent de moi, et je me demande bien ce que j’ai bien pu faire de mal. Ils tournent autour de moi. Sur leur épaule se trouve un talkie Walkie, et une voix féminine s’adresse à eux. L’un d’eux répond, « on à un 770 sur un scooter ».

Que va-t-il m’arriver ? Deux voitures de police arrivent en renfort et stoppent en crissant des pneus. Maintenant la route est bloquée sur deux voix par 3 voitures de police, et je suis assis sur mon scooter les mains sur la tête. Le flic en forme de boule vient prêt de moi a ma droite.
« Monsieur, ceci est votre scooter ? »

Je réponds « oui bien évidement ».
« Comment voulez vous qu’on le sache ? Il est peut être volé ? »

Je suis stupéfait ! « Non évidement, j’ai les papiers dans mon sac a dos ! ». Heureusement pour moi que j’avais pris les papiers de la banque avec moi et donc la preuve d’achat.
Le flic me demande de fouiller dans mon sac. Derrière moi, au moins 6 flics sont en grande conversation. « Tu as vu Bill Morray Dimanche ? Le meilleur homerun de la saison, super, wow, et la femme, blablabla » Personne n’a rien à faire de moi.

Deux autres voitures arrivent. « Ca va les gars ? Oui oui, juste un 770 en infraction. Ah ok, Tu as vu Bill Morrais ce week end ? Ca me rappelé Berni en 1992, contre les Snipers de NY, ce type a la classe. Tu crois qu’il va faire la prochaine saison chez les Bull de Miami ou il va se barre r? S’il veut gagner plus de pognon, il ira chez les Racers…. »
Hého, je suis la. Au milieu de 6 voitures étincelantes et clignotantes, j’attends pour savoir à quelle sauce je vais être dévoré ?

Le petit jeune vient vers moi. Il a vraiment un air antipathique. Le type m’explique.
« Vous n’avez pas de plaque d’immatriculation. Ce véhicule peut être volé. C’est un crime en Floride, vous savez que vous pouvez aller en prison ? »
Le dramatique de la situation me donne à la fois envie d’éclater de rire, mais aussi de me faire de la taille d’une fourmi. Et que tous les gens qui passent arrêtent de me regarder comme ci j’étais un criminel !

Il continue en me tendant un papier. Nous devons enlever votre véhicule. Je réalise alors que les voitures de police sont équipée de barres métalliques qui leurs permettent d’enlever une moto !

Son collègue revient. Il me dit. « C’est un 150cc ou un 80cc ? ».

J’hésite. En gros sur le scooter est écrit : « Scooter Roketa 150CC ». Je réponds très sur de moi « c’est un 80cc ». Il me regarde, regarde le scooter. Sourie, il ajoute : « parce que vous savez qu’un 150cc se conduit avec un permis moto ? ».

Il me tend un papier jaune, une contravention de … 7 Dollars et cinquante cents !

Je regarde le papier interloqué ! Il me dit comme pour s’excuser : « oui je sais l’amende n’est pas élevée, mais vous devrez passer devant un juge et montrer la plaque d’immatriculation sous un mois sous peines de poursuites sévères ». Ensuite il me dit mes droits et me rappelle qu’aux USA on peut faire sauter une contravention en allant voir un avocat. Il me remet un papier vert et il s’en va.

Je démarre le scooter. Le boutonneux me fait non de la main. « Non vous ne pouvez pas rouler avec. Vous devez louer un camion et venir le chercher. Garez le ou bon bous semble et rentrez en bus. »

Il commence à pleuvoir sérieusement, et les flics regagnent leurs voitures précipitamment. Je pousse le scooter de 300 kg, j’ai 3 miles au compteur et déjà une amende ! Je tourne à droite une ruelle menant à la mer.

Je dépose mon scooter sur un trottoir et je vais m’en aller. Une voiture de police s’allume tout prêt de moi, je sustaute! Un autre policier était garé là, et je m’en étais même pas rendu compte !

Je vais à sa fenêtre. Il me dit « ne laissez pas votre scooter ici, on va vous le voler ».
Je lui réponds que son collègue m’a demandé de le faire. Il lit un journal et il n’est pas au courant.
« Je surveille cet endroit et je vous demande de ne pas laisser votre scooter ici, vous comprenez ? »
Que faire ? Je tente de démarrer le scooter. Impossible. Le flic dans sa voiture me regarde du coin de l’œil ; irrité. Pas moyen de démarrer. Au bout de la rue je vois encore les flashs des autres flics qui partent progressivement du lieu de l’interpellation.

Je décide d’attendre. Je suis trempé. Je tente un autre démarrage. Enfin ! Il démarre. Je vais au bout de la rue. Il n’y a plus personne. J’habite tout prêt, juste dix minutes et je suis rentré. Je regarde attentivement a droite et a gauche. Pour rentrer, j’ai juste a traverser, et prendre Collins dans l’autre sens…Je décide de rentrer, je traverse la rue et je vois au dernier moment, derrière le mur d’en face, cachée sur le parking de la station service, le bout d’une voiture de police. Je tourne de suite, et je me gare face à un petit restaurant, sur un parking.

Je continue à pied. Et je passe devant la voiture. C’est les flics qui m’avaient arrêté ! Les vicieux, heureusement que je ne suis pas rentré ! Ils avaient parié sur le fait que je ne laisserais pas mon scooter et étaient prêt à m’interpeler a nouveau !

Je décide de prendre le bus et de revenir demain rechercher le scooter.

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