Je suis allé rechercher mon scooter le lendemain, en taxi. Il était toujours présent devant le restaurant. Et les flics étaient heureusement partit. Il faut que j’aille faire immatriculer ce scooter. Je regarde sur internet et cela se fait au DMV. En fait l’immatriculation sert essentiellement à payer la taxe annuelle sur les véhicules. En tout c’est environ 200 USD. Je décide d’aller aux DMV de Miami Dale qui se trouve au centre de Miami.
On est Samedi et je pars en expédition. Avec mon sac à dos et mon classeur avec toute ma vie, mes papiers et mon visa, une veste pour me protéger de la brise fraîche du matin. Le long de Collins avenue je me mêle au trafic matinal des gens qui partent travailler. J’arrive à la 41ème et je traverse Miami Beach en direction de l’Ouest, vers l’immense pont qui traverse la baie vers le continent.
Arrivé environ au milieu du chemin sur la 41, juste après le magnifique building de la banque HSBC, j’entends une sirène de police. Entre l’énervement et l’exaspération je regarde dans mon rétroviseur et je constate qu’encore une fois la police est à mes trousses. Je tourne à droite et je m’arrête sur le trottoir. La voiture s’arrête et les policiers de South Miami Beach descendent comme à leur habitude, avec un air de cowboy et la main sur le révolver.
Mais ceux là sont différents de ceux de Bal Harbour. Ce sont deux hispaniques plutôt cools. Ils ne me menacent pas mais me demandent fermement les papiers du véhicule. Je sors mon classeur et je leur montre tout ce que j’ai. Le type me regarde et hoche de la tête avec admiration. « Vous êtes drôlement organisé ». Je lui explique que c’est la deuxième fois que je me fais arrêter et que j’allais pour faire faire ma plaque à Miami Dale. Que je n’ai pas le choix car c’est mon unique moyen de transport.
Une autre voiture de police s’arrête. Une bande de Rodriguez et autre Martinez en sort. « Salut, salut, le type n’a pas de plaque, a c’est tout, ouai, et le barbecue ce week end, super beau temps, nous on est allé a Disney a Orlando. »
J’attends patiemment la sentence qui sera évidement pas agréable a entendre. Car aux USA quand on récidive on peut aller en prison pour n’importe quoi.
Le flic revient vers moi et me rends mon classeur. Il me dit.
« Mettez ces plaques rapidement parce que sinon vous allez être arrêté tout le temps. » Et il s’en va vers sa voiture. Au loin il ajoute.
« Au fait, le DMV de Miami Dale est fermé le samedi. Il y en a un juste a coté sur Miami Beach »
Je n’en reviens pas. Pas une amende, pas un avertissement. Rien.
Finalement les Hispaniques sont plus sympa que les Wasp (White American Protestant)! Je redémarre et je me dirige vers le DMV de Miami Beach, direction Bal Harbour. Je décide de passer par l’ouest pour ne pas longer les plages, car je ne veux pas être arrêté à nouveau. Je traverse de nombreuses rues très animées avec des petites boutiques et des « Familly Dollars ». Juste au bord d’un petit canal se trouve un minuscule DMV .
Je gare mon scooter, et je rentre. L’atmosphère est moite et lourde de la platitude du boulot que les fonctionnaires exécutent. Comme des robots gavés d’huile de vidange, d’énormes bonnes femmes du style métis exécutent les ordres à la vitesse d’escargots neurasthéniques.
Quand c’est mon tour je sors tous mes papiers et je les poses sur le comptoir. L’employée me regarde avec le visage de celui qui a mangé deux fois plus que ce que son estomac ne peut contenir.
« Oui c’est pour quoi ? »
« C’est pour les plaques de mon scooter »
Elle regarde les papiers.
« C’est quoi cette marque Roketa ? »
Je la regarde avec l’air idiot. On dit qu’il faut toujours tenter de ressembler à son interlocuteur.
« Malika, Malika vient voir ce que je vois la ! »
On ce croirait dans un fameux sketch des inconnus qui dépeint si bien les fonctionnaires Réunionnaises.
« Oui c’est quoi le problème ? »
« Tu crois qu’on fait des plaques pour Roketa c’est quoi ca tu connais moi je ne connais pas ? »
Malika répond d’un air qui en dit long sur l’intérêt qu’elle porte à mon cas. « Connais pas ».
« Non on fait pas ce modèle »
Je reste stupéfait. J’insiste.
« Comment ça, il est garé devant ! Vous rigolez, je veux parler au superviseur ».
Le superviseur arrive. C’est un type aux cheveux gris et qui a du mal à bouger tant il est obèse.
« Oui Roketa, j’ai déjà entendu parler »
Ensuite ils discutent entre eux. Cela dure un moment et je ne comprends rien du tout. Finalement le verdict tombe.
« On ne peux pas vous faire les papier, parce que l’adresse du fabricant ne corresponds pas à la facture ! »
Quoi ? J’ai acheté à un site internet, le fabricant est en Chine ! C’est quoi ce problème.
« Client suivant »
Je reste sur le carreau. Qu’est ce que je peux faire ?
Je retourne prudemment à mon appartement et j’appelle le vendeur du scooter.
« Non c’est faux, vous avez tous les papiers, il n’y a rien de plus que je puisse faire ! »
Je suis véritablement écœuré. Cela fait maintenant un mois que j’ai payé ce scooter et je ne peux toujours pas le conduire.
Le Lundi je décide d’aller au DMV de Miami Dale. Je me dis qu’a Miami, avec toute l’immigration, ils doivent être moins regardants sur les papiers.
Je fais mon paquetage, prends mes papiers et ma petite veste. Et me voila repartit pour Miami, en espérant ne pas tomber sur une voiture de police.
Je prends vers l’intérieur par Alton Road puis je passe sur les Iles et les petits ponts qui relient la Beach avec Miami. San Marino Island, San Marco, Biscayne, j’arrive directement au cœur de Miami, prêt du port ou se construisent de nombreux gratte ciels. Ensuite je prends à gauche et me mêle au trafic. Je croise plusieurs voitures de police qui ne me regardent même pas. Puis je prends à droite Flagler Street.
Le centre de Miami est tout petit, mais il ressemble un peu à New York. Au bas des immenses tours se trouvent des vendeurs de Hog Dog, et une foule de gens plus ou moins étranges.
Il y a de nombreux homeless (les clochards) en piteux état. Je rentre dans le building du DNV et je m’adresse à l’accueil. Avant d’avoir pu parler un policier m’interpèle.
«C’est pour quoi ? ». Je sursaute. « Je viens faire des plaques ».
« Suivez-moi »
Il m’amène à un bureau ou m’attend une fonctionnaire de type mexicaine. Puis il retourne à l’entrée et interpele une autre personne. L’efficacité ici est maximale, pas d’attente, pas de répits.
La femme prend mes papiers. Après une minute elle me demande.
« Roketa 150cc, c’est un 150 cm3 ? »
J’hésite. Je sais que plus de 120cm3 il faut un permit moto. Son retard est insistant mais un sourire sur ces lève laisse sous entendre que je peux essayer.
« Non c’est un 80 cm3 »
« Vous voulez une plaque personnalisée ? »
Je réponds que non.
« Ok parce que sinon c’est plus long ». Elle s’en va.
J’attends avec angoisse qu’elle revienne et m’annonce la mauvaise nouvelle.
« Tenez, cela fait 120 Dollars »
Elle me tend une plaque d’immatriculation. Je paie. Merci et au revoir.
Je suis dehors. Je n’en reviens pas. J’ai ma plaque ! Cela a été si facile que je ne réalise pas encore. Je fais des petits bonds dans la rue. « J’ai ma plaque, j’ai ma plaque »
Sur mon certificat est écrit la chose la plus incroyable, « Roketta 150, 80 cm3 »
Ce soir j’ai passé une heure à arpenter les rues de Miami Beach et de Bal Harbour. Aucun policier ne m’a arrêté. Au bout de la 1er, a la pointe Sud de Miami Beach j’ai regardé avec émerveillement le coucher du soleil sur les immenses bateaux du port de Miami.