10th juin, 2007

Chap : 22 : Le Visa

Voici enfin arrivé le moment tant attendu ou je dois faire mon VISA.

Le problème c’est que je ne sais pas encore quel VISA car mon avocate de Fort Lauderdale a plus ou moins jetée l’éponge en m’avertissant qu’avoir un Visa O1 pour capacité exceptionnelle serait très risqué, qu’il n’y a plus de visa H1 disponible car les quotas ont été épuisés (visa d’employeur normal) et donc qu’il ne reste pratiquement plus aucune possibilités.

Niveau boulot cela va particulièrement bien. Depuis que Georges a été viré, on a employé une autre personne et cela va beaucoup mieux. Le site internet se met à vendre de plus en plus et mon patron est aux anges.

Il y a beaucoup à dire sur le travail aux USA et il faudrait écrire un livre uniquement sur ce sujet. L’image que j’avais était que les Américains étaient super bien payés. Rien n’est plus faux ! Non seulement beaucoup sont payés $8 de l’heure (salaire minimum) ce qui correspond à un salaire misérable pour travailler 10 heures par jours sans couverture sociale et sans vacances. Le pire c’est que beaucoup doivent commencer a travailler dans une entreprise en étant en ‘internship’ cela veut dire qu’ils ne sont pas du tout payé pendant un ou deux mois, le temps que l’entreprise les testes.
Evidement elle peut ne pas les garder. Mais en général si l’employé est bon il restera.
Ensuite il n’y a pas de contrat de travail. Vous venez bosser et on vous donne un chèque. Cela fait bizarre.

Finalement, il n’y a pas de fiches de paie a proprement dites, juste des récépissés qui ne donnent pas beaucoup d’informations.

Mais comme en Floride c’est le plein emplois, malgré le manque de sécurité sociale, les choses se passent plutôt à l’avantage de l’employé. Si vous faites bien votre travail, vous aurez une augmentation très rapidement, et sinon, vous pourrez chercher du travail ailleurs. Le plus dur pour un patron c’est de garder ces employés car il y a beaucoup de demandes d’emplois et pas beaucoup d’employés pour les pouvoirs.

Enfin on a rendez vous avec le cabinet d’avocat de Fort Lauderdale : Plotzlovski. C’est un grand building tout en verre fumé, près de la 95 a deux pas de chez Bernard. L’objet est de décider quel Visa on va faire car le temps est compté. J’ai à peine un mois avant de devoir partir des USA, et de plus je dois rendre mon logement fin Juin, donc tout va se décider très rapidement.

Les choses commencent mal, l’avocat avec qui on a rendez vous est absent. Dave fulmine, on a mis une heure pour venir et il semble qu’on doive repartir. On c’est mis d’accord comme quoi on partagerait les frais d’avocats en deux. J’avais appelé un avocat à partir de la France en Septembre dernier et les prix sont d’environ $3000, ce qui fait $1500 pour moi. C’est tous juste pour mon budget, mais cela devrais passer.

Finalement la secrétaire trouve un avocat disponible et c’est lui qui va s’occuper de nous.

Débarque un petit Hobbit nommé Scott. Cet avocat doit faire a peine un mètre cinquante, il a des petits yeux bleus perçant et revêt un complet gris qui lui va très bien. Il a un sourire crispé, et j’ai du mal à l’imaginer en short à faire un barbecue. Il doit probablement jouer au golf et avoir des discussions extrêmement ennuyeuses devant un Brandy.

On s’installe en face de lui dans un petit bureau. Bizarrement il a un coussin sur sa chaise et une fois assit, il parait beaucoup plus grand. Nous sommes Dave et moi assis dans une chaise qui s’enfonce au point que la table nous arrive au niveau des épaules.

Ce type peut lire et écrire sur un papier a l’envers. Il nous explique tout et fait un schéma sans retourner la feuille, comme si il avait fait cela toute sa vie.

« Je vous explique ; vous pouvez plus faire un H1 car les quotas sont dépassés, un O1 c’est extrêmement risqué, il reste donc un Visa de type étudiant. »

Dave proteste. « Mais qu’est ce qu’un O1 ? »

« Le O1 est pour les personnes rares, ayant une capacité exceptionnelles ce qui fait qu’une entreprise ne peut pas trouver ces qualifications sur le territoire et donc doit les chercher ailleurs »

Dave s’exclame « Mais oui, c’est exactement cela, il n’y a personne qui ait ces compétence dans toute la Floride je peux vous l’assurer, ce type a des capacités réellement exceptionnelles ».

Je rougis. Mon patron pense-t-il réellement ce qu’il vient de dire ou alors il le fait pour que mon visa se fasse plus rapidement car il a envie d’aller faire pipi ? C’est la première fois qu’un employeur me défends a ce point !

L’avocat conclue : « d’accord alors nous allons faire un O1 ». Il nous explique tous les documents dont il a besoin, imprime plusieurs formulaires pour Dave. Et nous fait comprendre qu’on a fini.

« Cela devrait vous coûter $6000 plus les $1000 supplémentaire pour avoir une réponse expéditive dans le temps limite d’une semaine comme prévu par l’immigration ! »

Je reste pétrifié, non a cause des $1000 car je le savais, car aux USA vous pouvez accélérer
l’administration si vous payez plus, un système qui rapporte et me permet de rêver d’avoir mon Visa dans le peu de temps qui me reste.

Mais le prix est prohibitif !

On sort du building et Dave est tout content « tout se passe bien n’est ce pas Nikko ? »
Je dois faire une drôle de tête, car je repense a cette somme prodigieuse que je vais devoir débourser et au fait que je ne l’ai absolument pas !

J’explose « c’est incroyable, tous les avocats m’ont donnés une quotation de $3000 et celui là nous en demande le double ».

Dave tente de transiger « On travaille avec eux et ils sont très fort, c’est pour cela qu’ils sont plus cher ! »

Je fais un peu la gueule et on retourne aux locaux. Arrivé sur place, je tente de retrouver les emails échangés il y a 10 mois avec l’avocat de Bernard et oh surprise ! Cet avocat travaille dans le même cabinet d’avocat – on ne peut pas rater le nom, il est assez unique. Je demande confirmation à Bernard et effectivement dans la même société on m’avait proposé un prix deux fois inférieur pour le même service.

Je décide de passer à l’attaque et je rédige un email à l’ancien avocat lui disant en substance, que je préfèrerais travailler avec lui car il est moins cher et que son collègue exagère en proposant un prix trop cher pour mes finances ! Je mets en copie Gary le frère de mon patron qui s’occupe d’une autre société dans les même locaux et qui est en charge du suivit administratif du Visa.

Gary débarque dans mon bureau furax : « qu’est ce que tu as fait ? »

J’explique le problème, il comprend et me dit « il faut passer par la voix hiérarchique ». Je n’insiste pas car apparemment si je ne protestais pas ils paieraient le prix fort sans rien dire. Gary prends son téléphone et appelé directement le patron du cabinet Mr Plotzlovski. Lorsqu’il raccroche il me regarde satisfait : « ils nous font le Visa pour … $3000 ». On rigole de notre petite victoire.

Pendant la semaine qui suit, tous les soirs, je fais des photocopies au Kinko sur Alton Road et je construis un dossier qui doit bien faire 100 pages. Je dois avoir des lettres de recommandations et je mets a contributions les amis, Bernard, Fréderic et d’autres plus anciens qui répondent présent. Je dois faire vite.

Le 28 Mai 2007 je pars déposer mon dossier chez l’avocat avant d’aller au boulot. Je dois au passage récupérer quelques documents chez mon ancienne avocate de Fort Lauderdale, je décide de passer par Bal Harbour car il fait beau et je veux longer la plage pour y aller.

Je passe précisément a l’endroit ou je me suis fais arrêter 2 fois avec mon scooter, et j’ai un sourire aux lèvres a la pensée du chemin parcouru. Derrière moi j’entends une sirène de police !

Je regarde dans le retro, et une voiture me fait des appels de phare, je dois me garer sur le coté. Je ne peux pas y croire. Pendant un instant je m’imagine dans un film de Chaplin, sortant de la voiture et écrasant le pied d’un gendarme après lui avoir envoyé la porte dans la figure malencontreusement.
Aussi incroyable que cela puisse paraitre, les flics qui sortent de la voiture sont les mêmes qui m’ont arrêtés par deux fois auparavant ! Je retiens un fou rire.

Mais eux sont très sérieux. « Les mains sur le volant, ne bougez pas ». La main sur le révolver le petit gros s’avance de mon coté et je le vois arriver a travers le rétroviseur.

« Ouvrez la fenêtre et arrêtez le moteur ». Je pense que cela va être difficile si je garde les mains sur le volant. Je m’exécute. Le type regarde d’un air méfiant dans la voiture. Son collège est passé de l’autre coté. Il parle dans son talkie Walkie qui se trouve sur son épaule. Tous deux ont des gilets pare balles, ce qui doit les faire transpirer énormément par 35° a l’ombre.

« C’est votre véhicule ? »

Je réponds du tac au tac « Bien sûr ».

« Vous pouvez le prouver ? »

J’ai toujours mon classeur avec toute ma vie et bien sûr les papiers du véhicule. Je tends mon classeur, il fait un pas en arrière comme si je lui tendais un fusil.

Il prend le classeur. « Bougez pas ».

Pendant une attente de quelques dix minutes, deux autres voitures s’arrêtent. Les flics aux USA se regroupent toujours, comme des mouches sur un pot de miel.

J’entends derrière moi « sortez du véhicule ! ».

Ils ont l’air plus détendus, ils me tendent mes papiers.

« Heureusement que vous avez les papiers du véhicule, sinon on embarquait la voiture a la fourrière ».
Le petit sec, me montre ma plaque d’immatriculation temporaire. Il me demande « c’est vous qui avaient écrit sur cette plaque ? ». En effet certaines informations son écrite a la main par le vendeur. Je lui explique. Il me montre une minuscule rature sur la date. Jean avait du barrer le mois et le réécrire car il s’était trompé.

« C’est un crime de trafiquer une plaque d’immatriculation »

Je leur explique qu’en toute bonne fois, je n’en savais rien mais que le vendeur lui devait le savoir et que c’était donc de sa faute.

Ils me disent d’aller voir le vendeur de suite et de mettre une plaque sans ratures.

« Si ils ne veulent pas le faire, dites leur qu’on va leur envoyer l’inspecteur Ramirez ! » Ils éclatent de rire.

A ce jour je ne sais toujours pas ce que cela avait d’amusant. Je repars avec une contravention de $7 et obligation de montrer la plaque définitive à un juge !

Je fonce à Caribbean auto sales et je leur explique le problème. Mon histoire déclenche l’hilarité !

« Ces flics de Bal Harbour n’ont rien d’autre à faire que de recevoir de pots de vin, quelle bande de gros nuls ! » s’exclame Jean.

Il me fait une nouvelle plaque et me demande « Tu la veux jusqu’à quand ta plaque ? » Il réfléchit « bon on va la mettre jusqu’à Septembre, cela te laisse le temps haha ».

Je repars vers Fort Lauderdale avec ma plaque sans ratures, je prends mes documents chez l’avocate et je dépose mon dossier final chez Plotzlovski.

Une semaine après je commence à m’inquiéter, pas de nouvelles malgré plusieurs emails de rappel !

Je parle avec Gary :

« J’ai un problème, comme il faut une semaine pour avoir la réponse de l’administration, et qu’il faut une autre semaine pour aller faire le visa dans une ambassade US a l’étranger, je ne vais pas pouvoir tenir les délais, le 22 Juin je dois être sorti du territoire sinon, je ne pourrais jamais avoir un Visa ». En effet l’administration Américaine est intransigeante avec les délais, si vous dépassez 3 mois sur le territoire, vous avez toutes les chances de ne pas pouvoir rentrer à nouveaux pendant … 10 ans !
Impossible d’aller aux Baléares par exemple ou au Mexique car ils ne font pas partie de la Zone verte qui donne accès a ce Visa touriste de 3 mois. Le pays le plus proche c’est L’Irlande !

Gary appelle Plotzlovski et Scott notre avocat nous annonce qu’il attend de me rencontrer pour me poser des questions !

Je hurle « quoi ? Mais c’est maintenant que vous le dites, pendant une semaine vous avez rien fait ? Mais vous savez bien que j’ai un temps limité, bande d’incapables ! »

Gary fait des gros yeux pour me dire de me taire ! Plotzlovski réfléchit et dit « prenez rendez-vous avec la secrétaire on va faire au mieux et au plus rapide, mais on a beaucoup de travail en ce moment ».

Je suis vraiment énervé. Je contacte la secrétaire et elle m’annonce la couleur « Scott n’est pas libre avant le 24 Juin, tous nos avocats sont très occupés car l’administration a libéré un nouveau lot de H1 et tout le monde c’est jeté dessus ! »

Gary me dit : « Je comprend ton énervement, je vais discuter avec Plotzlovski et on va régler ce problème. »

Gary fait un mètre quatre vingt dix et il a le profil de l’américain qui fait du business. C’est un peu Buz L’éclair en chair et en os. Il revient « tu as rendez vous lundi avec Scott a 8h du matin »

Le lundi j’arrive une demi -heure en retard car il y avait un accident sur l’autoroute.

Scott me fait la gueule, il est arrivé en avance juste pour moi et cela a contrarié son emplois du temps minuté. Avec son air pincé, il me dit qu’il est allé sur un de mes sites internet ou je vends de la musique électronique que je compose. « J’ai trouvé cela intéressant ».

Je trouve cela étonnant, Scott, un type coincé comme une porte de prison a écouté « Cthulhu » un disque fait de musique parlant d’un mythe des années 1900, inventé par HP.Lovercraft a propos d’une bête qui hante les esprits et tue les gens pendant leurs rêves!

« C’est incroyable, vous avez aimé ? »

Il corrige « j’ai dit que j’avais trouvé cela intéressant ». Venant de lui c’est plutôt encourageant !

On parle du visa et il me dit qu’il est complet et qu’il partira demain. Logiquement on aura la réponse dans une semaine.

Je n’ai pas le droit d’échouer. Il me le rappelle. « Si vous n’êtes pas accepté, vous devrez quitter le territoire le 21, et revenir sans visa est très risqué car si vous deviez vous faire refuser a la frontière car c’est la 3ème fois consécutive que vous tentez d’entrer, vos chances d’avoir un Visa seront nulles. »

Je lui demande s’il pense que j’ai une chance de l’avoir, d’après son expérience.

Il me répond : « je pense que votre dossier est solide. »

Une semaine après je reçois un email laconique de Scott. Il fait deux lignes.

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