24th juin, 2007

Chap : 23 : La Barbade

“I wanted to let you know I received an email from the United States Citizenship and Immigration Services that your O-1 petition has been approved for 3 years. »

Je saute en l’air. Mon Visa O1 a été approuvé! Je cours annoncer la nouvelle à Dave et Garry qui partagent ma joie, car ce fut un parcours difficile.

On est le 14 juin et je passe ma journée à envoyer des emails et appeler par téléphone tous mes amis.
Mais la joie est de courte durée, j’ai une semaine pour faire valider mon visa par une ambassade. C’est très court ! Je prends rendez vous pour dans 3 jours avec Scott mon avocat qui va essayer de me préparer tous les papiers.

Ensuite je vais sur internet et j’entreprends de prendre rendez–vous dans une ambassade. L’ambassade des USA en France est à exclure car il faut plusieurs mois pour avoir le rendez vous, de plus leur système informatique est bugée. J’ai un autre problème, je n’ais pas assez d’argent pour rentrer en France. Il faut donc trouver un autre pays.

Je peux aller dans n’importe quel pays au monde a partir du moment qu’il y a une ambassade US. L’idéal c’est les Baléares, le billet est de $120, et je peux faire l’aller retour le jour même.
Je rentre dans les méandres de l’administration, les Baléares me proposent un rendez-vous le 12 Juillet ! Je leur explique mon cas et ils me disent que c’est impossible partout dans le monde d’avoir un rendez vous en si peu de temps.

Je désespère, mais je me souviens de la Barbade, les Français y vont pour faire valider leur passeport m’avait dit ma première avocate de Miami Beach. Je fonce sur le site des ambassades US et je trouve une chose hallucinante. La Barbade est le seul consulat US à l’étranger ou on peut se présenter sans rendez-vous !

Je prends immédiatement un billet pour la Barbade, je vais y rester deux nuits. Je pars le Jeudi 20, je fais faire mon Visa le vendredi 21 et je repars le Samedi.

La Barbade est à 3h de vols de Miami et le billet à $180, c’est donc une chance extraordinaire !
Trois jours plus tard, j’ai rendez vous avec Scott qui me donne les derniers papiers. Il me donne les dernières recommandations : « ne perdez rien, répondez à toutes leurs questions et ne dites pas que vous avez commencé à travailler ! ». Car je vais avoir droit à une interview ou tout peut se décider.

Le 20 je suis en avance à l’aéroport. Les douaniers sont surprit que je n’ai avec moi qu’un sac de sport. L’avion décolle pour 3 heures de vols sans encombre.

La Barbade est une Ile peu connue en France. Cependant, elle attire beaucoup d’Anglais et d’Américains très riches qui y ont des palais discrets. Chose incroyable, c’est la seule ile ayant une liaison directe avec Londres en Concorde ! J’ai eu du mal à le croire, mais il semblerait que des riches industriels viennent y passer le weekend.

Ce qui choque aux premiers abords, c’est l’aéroport. Il est tout petit, et vraiment très vide. En fait on est hors saison, car l’été, les touristes ne viennent pas trop dans les Iles, du fait qu’il fait chaud chez eux. La haute saison c’est l’hiver.

Les douanes ne veulent pas me laisser passer car je n’ai pas réservé un hôtel. Je dois courir à l’office du tourisme et revenir avec une chambre d’hôtel. Ensuite j’embarque dans un taxi.

La route est sinueuse, comme dans beaucoup de ces petites iles. Il n’y a pas de routes a deux voies, une voie dans chaque sens et c’est tout. L’architecture est sommaire, des bicoques aux toits en tôles, et aux murs en Placoplatre. La nuit tombe et je me retrouve l’hôtel « Coconuts Beach ». Je ne sais pas du tout a quoi m’attendre.

Je suis accueillis pas une Américaine qui a la cinquantaine et un sens de l’humour bien prononcé. Les bâtiments sont assez laids et je redoute le pire.

Ma chambre donne sur la mer, et je passe dans une série de couloirs bordés par les systèmes individuels de climatisation qui fait un ronronnement sonore. Il fait chaud et humide. Des animaux invisibles s’échappent sur mon passage. Cela évoque la jungle dans sa splendeur.

Ma chambre est en fait un studio équipé de 80m2 avec une grande salle de bain, deux lits, un four a micro ondes, un frigidaire et une baie vitrée de plein pied sur la plage ! L’endroit est magnifique. Il y a une piscine, un jacousi, un bar vide et quelques Allemands qui ont partagé une bonne centaine de bières, étalés sur les tables et sur le sol. Quatre touristes complètement bourrés sont affalés au milieu.
Je décide de dormir car demain je dois partir tôt pour faire approuver mon Visa.

Le matin, je visite le coin et je suis émerveillé. Le bâtiment est couvert d’un immense bougain viguier en fleur. La plage est superbe et l’hôtel est admirablement placé devant un banc de corail qui crée un magnifique lagon, comme une piscine a l’eau calme et poissonneuse.

Je fais mon paquetage, et je prends un taxi. Il est 7h du matin et je devrais arriver 30 minutes avant l’ouverture de l’ambassade.

Le taxi gravit une colline, et le long de la route, on croise les autochtones qui vaquent à leurs occupations, les enfants qui vont à l’école, les passants au visage brûlé par le soleil, habillés de vêtements bariolés. En haut de la colline se trouve un bâtiment tout blanc, entouré de fils de fers barbelé, un peu comme un blockhaus au milieu des palmiers. Me voila arrivé.

Je longe le long couloir qui mène a l’entrée. Tout est totalement dépouillé. Il y a deux portes, une entrée et une sortie, comme deux yeux au fond de l’allée. Devant, sous un parapet qui protège du soleil se trouvent plus de cinquante personnes qui font déjà la queue. Je me joins à eux. Il fait une chaleur torride. Je suis le seul blanc, il y a diverse personnes, des grand mères assises parterres, des mamans et leurs enfants, des adultes et des ados, tous venus des Iles voisines pour avoir un visa qui pour visiter la famille, qui pour avoir du travail aux USA ou y faire des études.

Soudain une personne vient nous donner une sorte de clef. Sur le coté se trouvent des sortes de cages a lapin. On nous demande de laisser nos montres, nos portables, appareils photos dans la cage et la fermer avec la clef.

Ensuite un par un on rentre dans le bâtiment. Il me faut presque une heure pour qu’arrive mon tour. Je passe une première porte blindée et bardée de fer. C’est comme un sas de six mètres de long. Je passe au détecteur de métaux. Et je ressors de l’autre coté. La se trouvent des bancs disposés comme a l’école, et les diverses personnes y prennent place. On est au soleil, juste protégé par une bâche. Tous les murs sont blancs, et en face de nous se trouve le vrai bâtiment, entouré de pics et de systèmes de sécurité.

Apres une longue attente, on nous demande de nous diriger vers la porte d’entrée effective de l’ambassade. Ici aussi il y a deux portes, l’entrée et la sortie. On se retrouve dans une autre pièce, climatisée, avec des bancs encore une fois, mais avec un système de tickets et de numéro comme au rayon boucherie du supermarché. En fasse de nous, une série de guichets protégés par des vitres de 5cm d’épaisseur. On a tout a fait l’impression de se retrouver aux USA. Une télévision passe les nouvelles Américaines de CNN, et derrière les guichets les agents s’activent.

Les numéros commencent à défiler et en fait il y a deux types de guichet, ceux a droite et ceux a gauche, au milieu se trouve une sorte de sas avec des chaises.

Je suis appelé, et je me présente au guichet. Je tends mon dossier. La personne regarde, donne deux coups de tampons et me désigne d’aller faire la queue du coté droite. Elle a gardée mon passeport et mes papiers.

L’attente est longue, mais c’est mon tour aux guichets de droite. La femme me regarde à peine, elle me pose une question : « pourquoi allez-vous aux USA ? ». Je réponds : « pour travailler … » elle m’interrompt en donnant des coups de tampons sur mes papiers.

Elle me rend le tout et me dit : « dirigez vous vers le guichet DHL ».

C’est tout ? Je m’attendais a une interview, mais non, juste quelques tampons. Pourquoi dois-je faire la queue pour DHL ? La personne m’explique. « Vous allez rendrez dans votre pays, une fois la bas, vous nous envoyez votre passeport dans l’enveloppe que l’on vous donne, et on vous le renverra une fois terminé. »

Je reste interloqué. Je pensais dans ma grande naïveté que j’allais rentrer aux USA avec mon visa, mais il n’en est rien. Je vais repartir sans rien, avec juste une enveloppe ?
Je rentre à l’hôtel un peu sonné. Tout c’est bien passé, mais justement, rien ne s’est passé, je dois rentrer comme je suis venu, et leur renvoyer les papiers, dont mon passeport. Cela fait bizarre de devoir poster son passeport dans une enveloppe, car si ils le perdent, je suis dans une sacrée merde !

Je profite de la plage. Des enfants jouent dans le lagon et les parents regardent les poissons a travers le masque, c’est comme un aquarium naturel.

J’ai un moment de doute. « Vous devez rentrer dans votre pays ? ». Mais quel pays. Je commence à réaliser que j’ai fait une terrible erreur. En fait je suis supposé rentrer… en France !

Car repartir aux USA est impossible. Le visa touriste W14 n’est accordé qu’aux pays Européens et non aux personnes venant de la Barbade. Donc en entrant aux USA a partir d’un vol venant de la Barbade, je vais me faire refouler, a moins d’avoir un VISA.

Une personne sur place m’explique que si vous voulez aller aux USA à partir d’une ile vous devez avoir un visa touriste fait à l’ambassade, c’est la raison pour laquelle la plupart des gens faisaient la queue ce matin. Si je veux faire un nouveau visa touriste temporaire en attendant d’avoir mon visa de travail définitif, renvoyé par la poste, je dois rentrer en France.

Le seul problème, c’est qu’a l’ambassade, j’ai mis comme adresse de résidence celle des USA, résultat, mon visa me sera renvoyé aux USA et non en France.

Je suis bloqué ! Je dois rentrer aux USA coute que coute. Et si je me fais refouler à la frontière, cela va détruire mon visa car on ne peut pas avoir un visa de travail si on a déjà été refoulé !
Pourtant je n’ai pas le choix. Demain je vais reprendre l’avion pour les USA et je ne sais pas du tout ce qui va m’arriver en arrivant aux douanes !

Je décide de faire confiance à ma bonne étoile. Jusqu’à présent elle m’a protégée, ce serait tellement bête d’échouer si prêt du but !

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