J’ai eu trois heures dans l’avion pour réfléchir aux conséquences de ce que je vais faire.

Petit rappel : je suis allé à la Barbade faire confirmer mon visa de travail, mais j’ai oublié que pour rentrer aux USA en venant de la Barbade, il faut un visa.

Mon visa IW94 est expiré, et ce visa ne peut être accordé qu’aux personnes venant d’une liste précise de pays, comme la France. Mais bien entendu si vous êtes Français et que vous venez des Bahamas, de République dominicaine, ou autre Iles, il est impossible de rentrer aux USA, sinon tout le monde viendrait et a l’expiration de leur visa temporaire ferait un saut de puce dans une Iles, reviendrait et ferait cela indéfiniment!

Mon avocat m’avait prévenu que je ne pourrais pas re-rentrer aux USA à part en venant d’une destination Européenne et le pays le plus proche était l’Irlande.

Je pensais pouvoir échapper à ce problème car je reviendrais de la Barbade avec un visa de travail en bonne et due forme.

Sauf que c’est impossible, la Barbade doit faire le visa, et me l’envoyer chez moi, ensuite je pourrais entrer à aux USA et montrer mon visa et finalement ne plus être considéré comme un touriste, et rester pendant 3 ans sans problèmes.

La cerise sur le gâteau c’est que pour avoir un visa de travail aux USA, il ne faut pas avoir été rejeté à la frontière.

Donc si je me présente aux douanes venant d’une Iles, je vais en théorie me faire refouler vers la France et je ne pourrais plus avoir de visa de travail ! Le prix à payer pour tricher avec l’immigration c’est d’être banni pour 10 ans du territoire US.

Je suis coincé car j’ai remplis tous les papiers en donnant mon adresse en Floride et non en France, donc je dois y retourner pour réceptionner ce fameux visa.

J’ai décidé de tenter le tout pour le tout et d’essayer tout de même d’entrer aux USA.

Je questionne l’hôtesse de l’air qui me tend un visa blanc écrit en Espagnol. Je lui explique mon cas et elle me répond « vous devez avoir un visa fait a l’ambassade pour rentrer aux USA ou alors ils ne vont pas vous accepter. Depuis le 11 septembre les contrôles sont plus sévères. »

Donc je ne remplis pas de papier et lorsque l’avion se pose je ne sais toujours pas ce que je vais faire.

Je sors, et comme je n’ai pas de bagages dans la soute, je me dirige directement vers l’immense pièce ou se trouvent les douanes. En fait il y a une bonne centaine de guichets. A chacun d’entre eux il y a une queue de quelques personnes. Un contrôleur des douanes dans son uniforme vous prend en photo et prend vos empreintes. Il vous pose aussi de nombreuses questions.

A l’arrière se trouve comptoir avec les différents types de visa d’entrée au cas où vous auriez raturé le votre. Il me vient une idée.

Je vais vers ce comptoir et je cherche le papier vert du visa IW94 que l’on doit remplir lorsqu’on vient de l’Europe.

Je le remplis correctement, comme si mon avion venait de France. Mais je dois mettre le numéro de vol venant de la Barbade. Tant pis autant être honnête.

Je vais faire la queue. Il est important de choisir un douanier qui est peu regardant. Je passe un long moment à évaluer les visages. Je choisis un jeune qui semble sympathique, les jeunes ont souvent moins d’expérience et il ne va probablement pas tout vérifier.

Derrière moi se trouvent une fille avec son père et sa mère. Les parents sont assez âgés et ont du mal à supporter la longue attente debout.

Je suis soudain pris d’un doute. Les jeunes font parfois du zèle. Les vieux routiers du métier en ont vu des bien pires que moi. Je regarde autour et deux guichets a ma gauche se trouve un type ayant la cinquantaine qui plaisante avec un voyageur et lui tend son visa avec un grand sourire.

Je regarde le jeune et il a le regard perçant, il cherche apparemment à faire son boulot du mieux qu’il le peut et n’a pas vraiment la tête à rire.

Je décide de changer de file et d’aller vers monsieur sourire.

Je dois recommencer la queue mais par chance ce douanier est rapide.

Soudain au dessus du guichet du jeune gars, s’allume une lampe rouge. Je n’avais jamais observé cette lampe auparavant. La jeune femme et ces parents sont occupés à tenter de discuter avec le douanier. Quelque chose ne va pas. Il y a quelques éclats de voix et deux agent armés arrivent et les prennent par le bras, ils se dirigent vers la gauche et disparaissent. Le tout passe pratiquement inaperçu.

Je suis passe de nombreuses fois a cet endroit et je n’ai jamais observe un tel problème. Je le prends comme un message, j’ai bien fait de changer de file.

Un frisson me passe dans le dos.

C’est mon tour. Je tends mon passeport, mon visa vert IW94 et mon billet d’avion.

Le type regarde le tout. Il me regarde. Il regarde à nouveau.

« Que faites vous aux USA ?».

Que dire ? Ne jamais parler de travail ! Je mens effrontément.

« Je suis passé par la Barbade pour faire un peu de plongée, ensuite je vais profiter de Miami Beach et faire la fête, puis je repars par New York direction Londres, puis Paris. »

Le type se pince les lèvres.

« Hum…vous êtes sur Collins avenue ? »

« Oui, c’est un condo sur la mer, un peu cher mais je préférais cela a l’hôtel, je dois le quitter le 30 Juin ».

Le type n’a pas l’air de me croire. Il me regarde fixement dans les yeux, je ne scille pas et je le regarde aussi.

« Ok prenez vos empreintes »

J’ai droit à la photo, puis il tamponne le visa.

J’attends et il me dit.

« Vous pouvez y aller »

Je prends le visa, trop content de ne pas avoir eut de problème.

« Monsieur ! »

Le douanier me rappelle. Je fais un pas en arrière.

« Vous avez oublié vos billets d’avions »

Il me les tend. Je tente de les prendre mais il les tient fermement.

« Vous avez des bagages ? »

Je regarde mon sac de sport, mon unique bagage a main. Dois-je mentir et dire qu’ils sont dans la soute? Cela ressemble a une question piège. Comment justifier que je viens d’Europe en passant par la Barbade, puis vais a New York et a Londres avec comme seul baguage un sac de sport? C’est risqué. En une fraction de seconde je me dit qu’il faut que je sois le plus franc possible, car si il voit que je lui ment, il peut appuyer sur le bouton, la lumière rouge va s’allumer, et je serais dans une belle merde.

Il me regarde fixement et le temps et comme arrêté. Je me dis que j’ai été stupide de ne pas penser à ce détail ! J’aurais du prendre une valise, même vide. D’un autre cote, il ne peut pas savoir si j’ai un bagage dans la soute, je pourrais juste mentir et il n’y verrait que du feu.

Je réponds : « Non, je me déplace beaucoup, je n’aime pas avoir trop de choses avec moi, cela évite les attentes dans les aéroports. »

Le douanier lâche les billets et me fait un clin d’œil complice.

« Bonne vacances »

Je lui réponds

« Merci a vous »

Je me dirige vers le mur d’en face, une pancarte indique « bagages vers la droite ». Je me tourne dans le sens oppose d’où sont parti la fille et ces parents, trop content de tourner le dos a la porte maudite par laquelle sont sortit les gens qui ont des problèmes.

Je regarde le billet d’avion et il est marqué : « pas de bagages » dessus. Je souffle un grand coup, car j’ai évité un piège de peu.

Dans mon esprit nul doute que le choix du douanier à été capital, ainsi que le choix de mes réponses. Merci Mr. Sourire dont j’ai oublié le nom.

J’ai depuis eu vent de plusieurs personnes refoulées a la frontière pour moins que cela. Les USA sont une machine inhumaine en ce qui concerne l’immigration. Ils peuvent renvoyer une mère et ces enfants et ne laisser passer que le père par exemple. Toute faute est noté a vie, et il faut un bon avocat et pas mal d’argent pour éviter l’exclusion de 10 ans qui punie les gens qui ne sont pas en règle.

Dans tout formulaire de demande d’obtention de visa il y a une case a cocher ou il est inscrit : “avez vous déjà été refoulé a la frontière”.  Elle est située dans la même zone que les autres questions comme “avez vous fait de la prison” ou “avez vous contracté le SIDA”, ou “avez vous été condamné pour terrorisme”.